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La levée des troupes auxiliaires en Calabre, 1806-1808

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La levée des troupes auxiliaires en Calabre, 1806-1808

Message  Pierre Baptiste le Mer 2 Aoû - 16:15

Bonjour à tous,

Vous trouverez ci-joint des notes prises lors d'un colloque consacré à la Décennie française dans le royaume de Naples. Elles concernent une intervention de Nicolas Cadet relative à la levée de troupes auxiliaires en Calabre.

La levée des forces auxiliaires en Calabre sous le règne de Joseph Bonaparte, 1806-1808.

L’invasion de l’Italie méridionale est réalisée à l’hiver 1806 par 40000 soldats. Ces troupes balayent les forces du roi Ferdinand IV. Les Bourbons se réfugient alors à Palerme.
Cependant, cette victoire est trompeuse. Napoléon ne donne pas à Joseph les moyens d’assoir son pouvoir : le Trésor est vide et les troupes françaises sont démotivées.

Au printemps 1806, des mouvements insurrectionnels éclatent en Calabre. En juillet, a lieu la bataille de Maida, qui débouche sur une victoire britannique. Les Calabres s‘embrasent. Fin juillet, Naples paraît menacée. Masséna mène une contre-offensive en août et repousse les insurgés dans le sud de la Calabre. Les bandes bourboniennes continuent cependant de harceler les maigres troupes de Joseph. Ces dernières ont bien du mal à juguler la poussée des révoltés.

Les troupes françaises doivent dès lors compter sur les populations locales. A l’été 1806, on assiste à une généralisation des troupes auxiliaires et supplétives recrutées localement.
- Lever ce type de troupes implique de reconnaître l’existence d’une guerre civile.
- A l’époque, dissociation entre civils et militaires.
- S’appuyer sur des groupes nationaux contre d’autres aura sans doute des conséquences pour la suite de l’existence du régime.

• Interrogations sur les raisons poussant les Français à lever des auxiliaires napolitains. Quels viviers de recrutement ?
• Etude des modalités du processus de recrutement. Diversité des unités recrutées et des tâches qui leur sont assignées.
• Réalisations concrètes des Français et efficacité des formations mise sur pied.

La question des effectifs s’avère préoccupant :
- Superficie du territoire à contrôler
- Surveillance de milliers de kilomètres de littoraux
- Maintien de l’ordre dans la métropole immense qu’est Naples.

Or, dès le printemps 1806, l’armée française est confrontée à l’érosion croissante de ses effectifs. Dès avril, Napoléon ponctionne 7700 hommes. A cela s’ajoutent les pertes subies à Maida, celles liées aux insurrections de l’été (4000 hommes hors de combat) et aux maladies (4000 hommes meurent de fièvres en 1806 et de nouveau 4000 autres l’année suivante). Masséna pense qu’il faut 18000 hommes supplémentaires pour quadriller les Calabres ; d’où la levée de supplétifs et la levée de régiments réguliers napolitains.

La conquête de Naples a été facilitée par l’impuissance du régime bourbonien, qui ne dispose que d’à peine 20000 soldats mobilisables. Mais pour autant, les viviers de recrutement sont nombreux pour Joseph :
- Recrutement parmi l’armée bourbonienne : vétérans, canonniers sédentaires, invalides, pensionnés et garde-chiourmes. Mais la valeur opérationnelle de ces hommes est faible et leur coût pèse lourd sur le budget de l’Etat. Ils fournissent cependant des cadres aux auxiliaires.
- Cadres et troupes de l’armée bourbonienne dispersés durant la campagne d’hiver de 1806.
- Pour pallier les insuffisances de l’armée, les Bourbons s’en remettaient fréquemment à des gardes civiques, composées de membres de la bourgeoisie, en théorie. Mais depuis la révolution de 1799, les milices sont tombées en désuétude. Reste que le système peut être réactivé le cas échéant.
- L’Etat bourbonien a laissé se développer des formations armées, soit maintenant l’ordre, soit au service de personnes privées (sbires, chargés de la garde des tribunaux et des prisonniers).
- Les patriotes jacobins et républicains sont prêts à servir les Français. Ces hommes vont former les cadres des unités auxiliaires en formation.

La levée des auxiliaires répond à des objectifs militaires et politiques :
- Renforcer les troupes françaises.
- Dissuader les auxiliaires de prendre les armes contre le nouveau régime en les faisant entrer dans des cadres militaires.

Les premières levées sont le fait d’initiatives locales. La mise sur pied de ces forces auxiliaires oblige les Français à composer avec des forces mi-militaires, mi-civiles. Toutefois, les cadres mentaux de l’époque font de ce statut un impensé.

Plusieurs phases de formation :
- Décret du 13 mai 1806 sur les gardes civiques et légions provinciales napolitaines.
- L’insurrection des Calabres perturbe la levée des forces auxiliaires : soit elles se dissolvent, soit elles rejoignent les insurgés.
- En août, la contre-offensive de Masséna permet de refouler les rebelles vers le sud des Calabres. Masséna décide de donner plus d’ampleur au système des gardes civiques, en levant dans tout le pays des compagnies de miliciens.
- Début septembre, Masséna forme des compagnies franches à l’aide d’anciens insurgés ralliés aux Français. Disposant d’une bonne connaissance du terrain, ce sont des auxiliaires idéaux. La compagnie franche des guides des Abruzzes, constituée à l’aide des troupes d’un chef de guérilla, sert de ban d’essai. En 1807, des prisonniers bourboniens servent à constituer un corps de chasseurs de montagne.
- A l’hiver 1807, plusieurs généraux français (dont Reynier, gouverneur des Calabres) soumettent l’idée d’engager les sbires dans des opérations de police.
- En Calabre, les Français se sont appuyés sur des minorités. Des hommes sont ainsi recrutés au sein de la communauté albanaise, généralement hostile aux Bourbons.

Les gardes civiques sont conçues comme des milices locales d’autodéfense. Elles sont également sollicitées lors de missions d’escorte et de désarmement des villages insurgés. Le général Hugo utilise ces gardes comme éclaireurs dans la traque de Fra Diavolo.
Les chasseurs de montagne s’occupent de la traque des rebelles jusqu’à leur transfert dans le Tyrol.

La mise sur pied des unités supplétives obtient des résultats généralement peu probants.
- Les tentatives d’organisation des supplétifs sont grevés par de nombreuses difficultés et à des retards administratifs. La pénurie de moyens financiers et matériels correspond sans doute à la difficulté majeure. Les municipalités sont ruinées par la guerre et les réquisitions. De plus, l’Etat central se révèle incapable à verser les soldes, les caisses étant vides : de la sorte, les supplétifs sont complètement démoralisés.
- Les formations supplétives ont, le plus souvent, un format réduit. Les forces annoncées n’existent fréquemment que dans l’imagination des administrateurs, sur le papier.
- La qualité des recrues ne pallie pas à leur petit nombre. Les Français sont extrêmement négatifs vis-à-vis des auxiliaires. Est-ce justifié ? En réalité, l’attitude des supplétifs varie en fonction des évolutions de la situation militaire. La fragilité du système élaboré se fait jour à l’été 1806, lors des poussées insurrectionnelles. Dans certains cas, les auxiliaires passent à l’ennemi avec armes et bagages. A l‘automne 1806, quand les révoltes se disloquent, les supplétifs se comportent mieux.

Utilité des formations supplétives ?
- Compléments d’effectifs pour les troupes françaises. A l’automne 1806, les miliciens servent à fermer l’espace calabrais aux insurgés.
- La mise sur pied de compagnies d’insurgés ralliés permet de mettre en place une sortie de l’insurrection : Leur honneur et leur statut de combattant est préservé. A ceci s’ajoute un espoir, réel, d’ascension sociale.
- La levée d’auxiliaires prend place dans un mouvement global d’intégration des civils à la sphère militaire, typique de la période 1792-1815. L’entrée des civils dans le conflit se trouve ainsi légitimée.
- Le système de régulation de la violence vole par conséquent en éclats : les actes de violence extrême se généralisent.
- Joseph souhaite régénérer la société napolitaine. Mais l’insurrection implique que les classes populaires se voient retirer les armes qu’elles détiennent. Il faut alors s’appuyer sur les classes possédantes …



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Re: La levée des troupes auxiliaires en Calabre, 1806-1808

Message  Davin Didier le Mer 2 Aoû - 20:32

Très intéressant. On trouvera les mêmes constantes en Espagne, selon les régions entre 1809 et 1811.
Merci de nous faire partager ces notes. Je travaille justement en ce moment sur le 23e Léger dans les Calabres......
Amicalement
D .

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