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Le régiment d'Hector.

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Le régiment d'Hector.

Message  Pierre Baptiste le Mar 12 Mar - 17:37

Bonjour,



Un portrait trouvé dans les méandres d'Internet. Je pense qu'il intéressera notamment Hugues de Bazouges, dont je me réjouis de l'arrivée sur ce forum Smile

L'officier représenté sur cette huile sur toile appartient au régiment d'Hector, unité formée suite au recrutement d'anciens marins de la flotte royale. Le régiment fut engagé à Quiberon à la fin juin-début juillet 1795.

Pour ce qui est des détails uniformologiques, on note la plaque de baudrier ornée de la fleur de lys. La mention "Hector" doit, en toute logique, y figurer également. Si mes souvenirs sont bons, une plaque similaire est présentée dans les vitrines du Musée de l'Armée de Paris. L'épée me semble anglaise, quelqu'un pourrait-il confirmer (ou infirmer !) cela ?

Bien à vous tous,  allezsehri
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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Davin Didier le Mar 12 Mar - 23:02

Je confirme....
Mais il existe une autre plaque avec une ancre au centre encadrée de 3 fleurs de lys; Ecrit au dessus MARINE ROYALE et en dessous REGIMENT D' HECTOR. La couleur distinctive de la tenue
" anglicisée "est gris fer ......

Davin Didier
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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Jérôme C. le Mer 13 Mar - 8:05

voici la plaque du rgt d'Hector


_________________
Par définition un historien se doit d'éclairer certaines zones d'ombres du passé. Ayant de droit accès à toutes les archives ouvertes, il s'appuie sur ses recherches pour délivrer ses résultats, quitte à briser quelques clichés.

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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Davin Didier le Mer 13 Mar - 8:37

on remarquera sur cette plaque que les fleurs de lys ont été effacées de même que le mot ROYALE....

Davin Didier
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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Manuc le Mer 13 Mar - 10:11

Bonjour à tous,

La plaque que nous présente Jérôme, faisait partie de la collection Benoit et voici ce qu'il était indiqué dans le catalogue concernant cette pièce :

Plaque de baudrier de l'Armée des Émigrés du Régiment d'Hector, vers 1792, Révolution. Plaque de forme ovale en bronze, gravée en son centre d'une ancre de marine entourée de trois fleurs de lys et sur son pourtour de l'inscription « Marine Royale Régiment d'Hector ». À l'arrière, sont soudés un crochet en bronze et deux boutons de fixation. Poids 61 g - Hauteur : 7,4 cm - Largeur 5,4 cm. Bon état. Note - Cette plaque a été modifiée à la fin de l'existence du régiment par suppression des fleurs de lys et du mot « Royale ». Une plaque strictement identique est conservée au Musée de l'Armée à Paris, inventaire N° A 12826 Pg 3 04495. Le musée du patrimoine à Quiberon possède une plaque de ce régiment : Plaque de Baudrier, du régiment d'Hector, elle est en bronze doré de forme ovale gravée d'une grande fleur de lys avec dans le haut, l'inscription « HECTOR ». Celle-ci fut trouvée dans les sables de la presqu'île de Quiberon. Régiment formé en Angleterre, en octobre 1794 et licencié, le 24 octobre 1795. Un grand nombre d'officiers et marins périrent au cours des combats, ou furent fusillés à Vannes. Ce type de plaque est aussi reproduit sur un portrait d'un officier du régiment, appartenant à une collection privée. Dans un autre tableau représentant un jeune élève de marine du régiment d'Hector (portrait peint par Louis Rhénasteine à Malmédy en 1792), le baudrier est en cuir noir avec plaque à fleur de lys d'argent et l'inscription « Dieu et mon Roi ». Signalons aussi le portrait du lieutenant de Vaisseau Bidé de Maurville avec un ceinturon porte-sabre en cuir noir avec plaque en bronze doré décoré d'une fleur de lys posée sur une ancre de marine et l'inscription « Dieu et mon Roi ». Nous connaissons un autre modèle de plaque de ceinturon qui lui est gravé de l'ancre avec trois fleurs de lys et de l'inscription « MARINE ROYALE RÉGIMENT D'HECTOR ». L'émigration fut engendrée par la Révolution, le Corps de la marine fut particulièrement touché suite aux arrestations arbitraires qui s'accroissaient dans les ports depuis 1790. Au cours de la même année, les officiers de la marine française commencent à émigrer, et se réunissent dans le Brabant, à Enghein et à Binche, sous le commandement du comte d'Hector. En septembre 1794, le Comte de Puisaye, véritable penseur du débarquement de Quiberon, gagne l'Angleterre pour solliciter l'aide des insulaires. Fort du soutien du comte d'Artois, frère du défunt Louis XVI, il persuade le gouvernement anglais du possible renversement de la République par le soulèvement de la Bretagne rejointe par les royalistes émigrés. Le plan était aussi simple dans sa conception que grandiose dans ses objectifs : 15.000 Émigrés débarqueraient à Quiberon sous les ordres du Comte d'Hervilly, 10.000 Anglais descendraient à Saint-Malo sous le Comte d'Artois, et 50.000 Vendéens de Charette et Stofflet les rejoindraient. Avec les 30.000 Chouans que le Comte de Puisaye avait promis, ce dernier, disposant ainsi de cent mille hommes, se faisait fort de s'emparer de Paris. Avec le concours financier et matériel du premier ministre William Pitt, la flotte anglaise s'apprête à débarquer 5.400 hommes armés avec, à leur tête, le comte d'Hervilly secondé de Rotalier. Puisaye, lui, est nommé général en chef de l'armée catholique et royale de Bretagne, par le comte d'Artois. Profitant de l'offre de paix du général Hoche, le chef chouan des Côtes du Nord rend les armes en décembre 1794. La reddition du chef chouan modifie alors la destination du débarquement : il aura lieu en baie de Quiberon. Le 27 juin 1795, après avoir dispersé la flotte de Villaret-de-Joyeuse, les quinze vaisseaux de ligne de la flotte anglaise mouillent au large de Quiberon : elle transporte 3.600 émigrés répartis en 5 régiments avec le nécessaire pour équiper 30 000 hommes. Plus de 9 000 chouans sont au rendez-vous : ils ont chassé les garnisons bleues tandis que la garde nationale d'Auray a changé de camp. Face à la réactivité et à l'organisation de l'armée républicaine, les Blancs se retranchent rapidement sur la presqu'île de Quiberon après avoir conquis Landévant et Auray. Pris au piège, les Émigrés se déchirent, à l'image de leur commandement, les bleus se ressaisissent et contre-attaquent sous le commandement du Général Hoche. Dès le 6 juillet, la presqu'île de Quiberon est bouclée et toutes les tentatives pour forcer les lignes bleues échouent. Sous le commandement du jeune marquis de Sombreuil les chouans se rendent. Des commissions militaires se mettent alors en place et dès le 28 juillet, Sombreuil, l'Évêque de Dol, monseigneur de Hercé, 11 prêtres et 3 nobles sont fusillés. Le courage de quelques chefs chouans ne suffit pas à sauver de la répression de nombreux royalistes. Sur les 6.262 personnes arrêtées, 748 sont fusillées. Trois semaines auront suffi à l'armée du général Hoche pour réduire le dessein royaliste en cauchemar. Les Corps débarqués sont les suivants : Régiment du Dresnay ou de Léon ; Loyal Émigrant ; Régiment d'Hervilly ; Royal Artillerie ; Régiment d'Hector ouMarine- Royale ; Légion du Périgord ; Légion de Béon ; Régiment de Damas ; Régiment de Rohan ; Légion de Salm-Kiburg. Le Régiment d'Hector est formé en Angleterre, en octobre 1794, il sera licencié, le 24 octobre 1795 et incorporé dans Castries et Mortemart. Il se compose de 8 compagnies d'infanterie et de 2 compagnies de cavalerie. Lors de l'expédition de Quiberon, il débarque le 27 juin à Carnac. Un grand nombre des 300 à 400 hommes que le régiment compte, fut tué ou fusillé. Après l'échec de cette opération, le régiment regagna l'Angleterre et fut dissous. Les officiers portent l'habit long en drap bleu de roi, boutons dorés à ancre et fleur de lys, collet bleu rabattu (veste à l'autrichienne, les pans de devant retroussés, en drap rouge), veste écarlate et culotte en toile blanche ou chamois, botte à l'anglaise avec retroussis de cuir jaune. Lorsqu'ils portent l'épée en baudrier, leur bandoulière est ornée d'une plaque ovale de bronze doré. Épaulettes or, chapeau tricorne en feutre noir à cocarde et plumet blancs.


Manu





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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Davin Didier le Mer 13 Mar - 13:16

Le portrait dont il est question dans le texte précédent Wink

On voit ici la première tenue" française" du régiment formé de marins royalistes appelé aussi "Royal Marine" et qui comportait initialement 8 compagnies d' infanterie de 50 hommes et 2 compagnies de cavalerie de 60 hommes ( ex marins !) .Après avoir stationné en Hollande et avoir combattu dans l'Est et le Nord de la France avec les forces émigrées, en Novembre 92 une partie du régiment est licencié et le reste part en Angleterre.




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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Manuc le Mer 13 Mar - 13:34

Super,

Merci Didier.

C'était ma prochaine question mais vous y avez répondu.

Par contre pour l'élève dont on parle plus haut également avez-vous une idée de la représentation ?

Merci d'avance

Manu


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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Davin Didier le Mer 13 Mar - 14:43

C' était ce portrait ci dessus , l' élève de Marine du régiment d' Hector.

Mais comme je suis sympa Wink voici le portrait du lieutenant de vaisseau Hippolite Alain Bidé de Maurville de la Fumelière dans sa tenue de cavalier du régiment d' Hector, ou 1ere compagnie de cavalerie de la Marine ( sic)
Portrait peint en 1792




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Du Régiment de La Marine au Régiment d'Hector

Message  Hughes de Bazouges le Jeu 14 Mar - 9:10

[img][/img]

Heureux de me joindre à vous Messeigneurs ! Et merci à Pierre Baptiste pour sa touchante attention.

Entré à Saint-Cyr en 1982, j'y séjournais six mois avant de partir faire mes premières armes au 8e RA, pour nous l'ancien Régiment embarqué des Colonies, créé en 1786... Parmi mes instructeurs de Coëtquidan se trouvait un certain capitaine de Cacqueray (cavalerie), aujourd'hui général à la retraite et établi depuis peu à Vannes. Certains d'entre vous se souviendront peut-être d'avoir vu la publicité de cet ouvrage au cours des récentes années, ce qui s'explique par le fait que le général (2S) de Cacqueray, après avoir redécouvert et retranscrit les Mémoires inédits de son ancêtre, les fit publier en 2006 à Angers. Lorsque je l'eus au téléphone à la fin de l'année 2012, il ne lui restait plus que 3 ou 4 exemplaires...

Mon épouse m'a offert cet ouvrage pour Noël (5 tomes dont le deuxième consacré à son émigration de 1791 à 1793, c'est-à-dire à son passage à l'armée des Princes puis au siège de Maëstricht avant de repartir pour la Martinique) et, avant de revenir dans un autre message sur le régiment d'Hector, je voudrais souligner ici quelques détails uniformologiques, puisque nous voici en présence de trois portraits d'officiers ou d'élève de la Marine (dont deux quasiment identiques). Pour ce dernier, on notera qu'il s'agit d'un élève servant dans une des dix compagnies d'infanterie, comme l'indique son baudrier noir. Je dois dire que je le découvre comme sa plaque timbrée "Dieu et mon Roi" alors que l'on notera que les deux cavaliers ne se distinguent que par leur ceinturon portant une ancre de marine, tandis que le reste de l'uniforme est celui dit d'Emigrant (les régiments nobles de l'armée de Condé, lors de leur nouvelle formation autrichienne de 1794, conserveront le gilet écarlate). Il était réservé (dans les trois corps de l'armée du Centre, de l'armée de Bourbon et de l'armée de Condé) aux gentilshommes n'ayant pas servi ou à ceux retirés du service et réunis en compagnies d'infanterie ou de cavalerie de 54 h (1 capitaine, 4 chefs de section et un tambour ou trompette selon l'arme), mais aussi - comme nous en avaons la preuve - aux deux compagnies à cheval de la Marine. Cette tenue était donc un surtout ou habit à une seule rangée de boutons, comme en portaient à la même époque les Chevaliers-Dragons de la Couronne (armée de Condé). On notera que les anciens officiers portaient le grade qu'ils possédaient au moment de leur émigration, et le jabot flottant par coquetterie. Les boutons étaient fleurdelysés et le prince de Condé donna lui-même l'ordre, en 1793, de remplacer systématiquement sur les anciens uniformes les boutons de régiment ou de corps par les mêmes boutons. Le seul élément non réglementaire alors toléré était la garde de l'épée qui pouvait être ornée de divers symboles ou gravures.
Dans tous les corps et ensuite à l'armée de Condé, les gentilshommes n'étaient pas armés de fusil et aucune unité noble ne portait jamais de grade de bas-officier. Tous se connaissaient et savaient qui était, par exemple, le fourrier.

Comme nous l'explique l'auteur, les marins avaient obtenu que l'une des dix compagnies d'infanterie monte la garde en permanence auprès des Princes Frères du Roi. Quant aux deux compagnies de cavalerie, elles firent partie du corps qui, sous les ordres du Maréchal de Castries, assista - de loin - à la bataille de Valmy. Pour les figurinistes, je préciserai que, conformément aux ordres des Princes, les officiers des unités portaient une ceinture blanche nouée à la taille selon l'ancienne tradition française, et tous les "soldats" avaient ajouté une feuille de chêne à leur coiffure, au-dessus de la cocarde de basin blanc.

A l'issue du licenciement de l'armée des Princes (24 novembre 1792 ; seul le prince de Condé conserva ses forces et les augmenta), les débris se dispersèrent en Hollande, Angleterre, Provinces Unies et sur les bords du Rhin. Du fait de l'hiver et de la reprise soudaine des hostilités, nombre d'officiers se trouvèrent piégés dans Maëstricht (Régiment de Maëstricht de 1200 h essentiellement organisés par province ; les officiers de marine obtinrent de servir avec les officiers d'artillerie et de suppléer aux carences du service hollandais). A l'issue du siège, une nouvelle dispersion intervint et certains n'hésitèrent pas à rejoindre l'armée de Condé. Déjà bien bigarrée, celle-ci comptait donc aussi des officiers de marine servant dans leur uniforme ou sous celui d'Emigrant au cours de la campagne d'Alsace de 1793 !

A vous retrouver prochainement pour évoquer le régiment d'Hector !

Merci à notre camarade de Thury s'il peut joindre ici la planche colorisée du baron Beaufort sur les compagnies de la Marine à l'armée des Princes !
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DU REGIMENT DE LA MARINR AU REGIMENT D'HECTOR - CORRECTION

Message  Hughes de Bazouges le Jeu 14 Mar - 13:27

Lorsque j'écris que les gentilshommes n'étaient jamais armés de fusil, je fais bien sûr allusion aux seuls cavaliers.
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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Laurent le Ven 15 Mar - 14:29

Merci à tous, nous nous régalons, j'ai assemblé tout cela en une rubrique sur le régiment Hector ou Royal Marine

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HISTORIQUE DE DEUX FANIONS DU RÉGIMENT DE LA MARINE ROYALE (OU HECTOR)

Message  Hughes de Bazouges le Mer 12 Juin - 19:17

EXPÉDITION DE QUIBERON (Juillet 1795)


L'expédition de Quiberon est un des épisodes les plus tristes et les plus douloureux de nos guerres civiles. Son dénouement tragique, où tant d'existences humaines furent sacrifiées, est un fait historique connu de tous.
Les deux pièces qui vous sont présentées ont été les témoins - malheureusement muets - de ces évènements dramatiques. Elles sont d'une rareté insigne, - peut-être unique, - car en dehors de quelques plaques de baudriers et de boutons d'uniformes trouvés dans les sables de Quiberon, il ne reste rien ou presque rien de cette expédition que l'imprévoyance et la rivalité des chefs devaient rendre si fatale à ceux qui l'avaient entreprise.
Je me permets de rappeler les faits pour expliquer la présence en nos mains de ces documents, dont l'authenticité n'est pas contestable, et dont l'identification est d'ailleurs facile en raisonnant par analogie suivant les habitudes militaires de l'époque.
Le 16 juin 1795, à 2 heures du matin, une flotte anglaise, sous les ordres du commodore Waren, ayant à son bord 5 000 émigrés, quittait la rade de Spithead et débarquait, le 27 juin, un corps expéditionnaire sur la plage de Carnac ; ce corps était composé de plusieurs divisions. La division, commandée par d'Hervilly, était la plus considérable. Elle comprenait cinq régiments, savoir : Royal Emigrant (ou de la Chatre) ; Du Dresnay ; Royal Louis (ou d'Hervilly) ; Royal Artillerie (ou de Rotalier) et Royal Marine (ou d'Hector). Ce dernier régiment retiendra seul notre attention.
Il avait été formé de l'élite de l'ancienne Marine française et avait pour colonel le comte d'Hector, lieutenant-général de la Marine. Au moment du départ, et par suite de désaccord avec Puisaye sur le lieu du débarquement, Hector resta en Angleterre et fut remplacé à la tête du régiment par le comte de Soulange, son beau-frère, ancien chef d'escadre. Le vicomte de Saint-Riveul, le comte de Boiséon, les comtes de Vanssay et de Beauregard composaient l'état-major. Les anciens brigadiers de vaisseau étaient devenus capitaines, les majors lieutenants, et les anciens lieutenants de vaisseau simples fusiliers. L'uniforme était rouge, doublé de blanc, veste et culotte blanche, sans autre ornement que les marques distinctives du grade.
Ce magnifique régiment devait être anéanti presque entièrement le 16 juillet dans les retranchements de Sainte-Barbe par l'artillerie de Hoche, dont la sûreté de vue et une habileté surprenante dans l'organisation de ses lignes de défense avaient rendu impossible la jonction des émigrés avec les royalistes de Bretagne.
Après le désastre, les malheureux survivants du régiment, sabrés et refoulés par les hussards d'Humbert jusqu'à la plage de Port-Haliguen, n'avaient pas d'autres ressources que de mourir ou de poser les armes. Les uns se précipitent dans les flots pour échapper à une fin plus cruelle ; d'autres, après mille efforts, réussissent à gagner la flotte anglaise ; la plupart, Sombreuil en tête, sont faits prisonniers par les 700 grenadiers qui accompagnent toujours le général Hoche dans ses campagnes, et qui, ce jour-là, forment l'avant-garde de son armée.
C'est à cette heure tragique du drame qu'il faut placer l'épisode des drapeaux raconté par Le Charron, un des rares survivants de la catastrophe.
"Une centaine d'émigrés, écrit-il dans ses mémoires, sont dans la mer jusqu'à la gorge ; ils voient approcher une des chaloupes de la frégate anglaise "La Pomone". Personne ne montera, disent les vaincus, M. de Maillet recueille tous les drapeaux, les porte à bord de la chaloupe, puis revient se noyer avec ses camarades. Ils sont engloutis un à un en regardant les drapeaux qui s'éloignent".
En faisant périr dans les flots l'émigré de Maillet, nous devons relever une erreur de Le Charron. De Maillet regagna la côte et fut fait prisonnier. Traduit devant la Commission Lalène, le 13 thermidor, il fut condamné à mort et passé par les armes le même jour.
Au nombre des enseignes et drapeaux ayant échappé au désastre et dont parle Le Charron, se trouvaient les deux fanions que vous avez sous les yeux, et sur lesquels je vous dois une explication un peu détaillée.




 


L'un est le fanion de la Compagnie Colonelle (ou première compagnie) du régiment de la Marine royale. Le luxe de ce fanion s'explique par ce fait que le régiment se composait entièrement d'officiers de marine émigrés. Il est blanc en l'honneur du prince de Condé, colonel-général de l'Infanterie française depuis 1780. Il porte les armes de France, comme première enseigne du corps, et les ancres aux angles parce qu'il était destiné au régiment de la Marine royale. Ses dimensions restreintes sont celles d'une enseigne et non celles d'un drapeau.
Il ne paraît pas d'ailleurs possible que le régiment ait possédé un drapeau, car celui-ci eut été forcément anglais. En effet, il est d'un usage constant qu'un corps de troupes étranger, levé, armé, habillé, organisé par un gouvernement et dont les officiers sont commissionnés par le ministre de la guerre du dit gouvernement prend le drapeau du pays qui l'a levé et auquel il appartient. Or, dans l'espèce, c'est le drapeau anglais que les régiments d'Hector, du Dresnay et les autres auraient dû prendre, ce qu'ils ne pouvaient faire, car ils ne pouvaient paraître à Quiberon à l'ombre du drapeau anglais, alors qu'ils y venaient, non comme envahisseurs, au compte de l'Angleterre, mais pour rallier les royalistes de Bretagne et donner l'appui d'un noyau de troupes régulières à une levée de boucliers, qu'on espérait devoir être générale et assez forte pour balayer les armées républicaines.
Nous sommes donc bien ici en présence d'un fanion établi avec un luxe qui exclut l'idée d'un simple signe de ralliement de compagnie, et donne la pensée qu'il dut servir de bannière au régiment et être porté par la compagnie Colonelle ou 1ère compagnie du régiment et en tête de ce régiment.


 


Le second fanion est bien un fanion de campement de compagnie du régiment de la Marine royale, ainsi que les ancres des angles en témoignent.
Il a, d'ailleurs, la même provenance que le premier.
Lors de la Révolution, l'infanterie républicaine comme l'infanterie royaliste émigrée avait, en vertu des règlements antérieurs, un fanion par compagnie d'une couleur ou d'un mélange de couleurs différents pour chaque compagnie ou chaque bataillon. Le numéro de la compagnie, d'une teinte tranchant sur le fond, se trouvait au centre de l'étoffe.
Ces fanions servaient aux fourriers à marquer le campement de leurs compagnies respectives. Ils avaient des hampes fort allongées, soit en fer, soit en bois pointu et ferré par en bas. Les adjudants-majors qui précédaient la colonne avec les fourriers et un soldat par compagnie traçaient d'avance, à l'aide de ce peloton que l'on appelait "Le Logement", la position de terrain que devait occuper le régiment campé ou bivouaqué, et chaque compagnie y trouvait son emplacement marqué d'avance.
Pourquoi ce fanion n'a-t-il pas de numéro de compagnie, mais le nom d'Enghien au centre ? Parce qu'il est des exemples que des corps de volontaires et de gardes nationaux divers, aussi bien royalistes que républicains, ont pris à cette époque des noms qui leur étaient chers à la place de numéro pour désigner les divers compagnies d'un même corps. Autrefois, avant la Révolution, les compagnies, outre leurs numéros, étaient désignées par le nom de capitaines d'honneur pour les diverses compagnies ; de là le nom d'Enghien pour une des compagnies, ce qui indiquerait que les compagnies du régiment de la Marine royale  s'étaient partagé les noms de la famille de Bourbon.
La couleur verte de ce fanion s'explique par ce fait qu'elle était la couleur du duc d'Enghien.
Sur le fanion de la compagnie d'Enghien, il faut remarquer que le revers, sur lequel figuraient probablement les mots "Marine royale" et des ancres aux angles, n'existe pas. On peut supposer qu'il a été déchiré et remis au moment de la déroute à un officier du régiment comme souvenir de cette malheureuse campagne.
Le comte de Soulange, colonel du régiment de la Marine royale, avait été traduit devant une Commission militaire et condamné à mort le 13 thermidor. Il fut passé par les armes le même jour dans la prairie de Tréauray.
Au retour des débris de l'expédition en Angleterre, ces deux fanions furent remis à sa veuve, qui habitait alors la petite ville de Reading avec son frère, le vicomte de Kerouartz, et son beau-frère, le comte d'Hector.
Après la mort de ce dernier survenue le 18 août 1808, la comtesse de Soulange revint en France en ramenant avec elle son précieux dépôt. A son décès, il devint la propriété de son fils, puis de ses petits-enfants. ...
R.P.
Bulletin de la Société archéologique
de Nantes et du département de la Loire-Inférieure
1917


Source : site
http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2012/12/17/25939003.html


Nous nous permettons de corriger ici deux erreurs : la première porte sur la couleur blanche du premier fanion de la compagnie colonelle. Le drapeau colonel était toujours blanc, de la couleur de la monarchie à la guerre (panache blanc, écharpe blanche de commandement ceinte à la taille) et n'a rien avoir avec le prince de Condé ; de même, le nom d'Enghien ne fait pas référence au petit-fils du précédent, fusillé en 1804 dans les fossés de Vincennes, mais à la ville d'Enghien, près de Ath, où fut formé en 1792 le corps royal de la Marine qui faisait partie de l'armée des Princes frères du Roi, dite armée du Centre (voir notre article sur le sujet à partir des Mémoires de Cacqueray).

En voici une très belle reconstitution (lescoeursdechouans.fr)

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Re: Le régiment d'Hector.

Message  Davin Didier le Jeu 13 Juin - 12:19

Magnifiques reliques... Se trouvent elles à Chantilly?
Cordialement

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FANION DE LA MARINE - HECTOR

Message  Hughes de Bazouges le Jeu 13 Juin - 15:28

Non car on ne trouve à Chantilly que ce qui se rapporte à l'armée de Condé et non à l'armée des Princes ; j'ignore où elles sont. Mais la reconstitution du modèle "colonel" se trouvait déjà dans l'ouvrage d'Henri Servien "Petite histoire des guerres de Vendée" paru en 1983 aux Editions de Chiré.

Cordialement
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Re: Le régiment d'Hector.

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