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La Révolution Française ouvrage de Furet et Richet

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Message  Laurent le Lun 20 Juin - 7:50

Je ne sais plus qui m'a passé cet article, il me semble que c'est Fredéric Pradal, Richard Cobb s'exprimait sur l'ouvrage de François Furet et Denis Richet sur la Révolution Française :

« Nous des Annales » : un compte rendu de Richard Cobb dans le Times Literary Supplément en 1966 - Historiographie


Présentation et traduction par Julien Louvrier, GRHIS-Université de Rouen.



Voici présentée dans une traduction française inédite, la recension proposée par l’historien britannique Richard Cobb* de l’ouvrage de François Furet et Denis Richet, La Révolution Française. Ce compte rendu au ton très virulent a été publié le 8 septembre 1966 par le Times Literary Supplement (T.L.S.) sous le titre « Annalists’Revolution », sans qu’il soit fait mention du nom de l’auteur, comme il était alors d’usage dans les colonnes de l’hebdomadaire londonien. Il a fallu attendre la seconde parution du texte dans le recueil A Second Identity, avec un nouveau titre, « Nous des Annales », pour découvrir enfin l’identité de l’auteur de ce brûlot.

* Richard Cobb né en 1917, séjourne en France une quinzaine d’années entre 1935 et 1955, chercheur en archives, auteur d’une thèse monumentale sur les armées révolutionnaires, puis professeur à Oxford.

Les mots ou les expressions en français dans le texte original sont signalés par un astérisque dans la traduction. Les mots en italiques dans le texte original sont en italiques dans la traduction.

[Extraits]


Tout au long de la Révolution, période directoriale comprise, les expressions familières insultantes ont fleuri et ont souvent pris la forme d’expressions culinaires et cannibales ; les femmes du peuple déclarent ainsi « qu’elles aimeraient avoir la tête d’un bourgeois à manger », « cuite au pot avec du persil »* – ou suivant d’autres recettes, en fonction des régions : « tête au lard »*, « à l’ail »*, « à la crème »*, etc. On a rapporté que, partout dans le Midi, aussi bien les ultra-terroristes que les ultras-royalistes déclaraient fréquemment vouloir « jouer aux boules avec les têtes de leurs ennemis, pour les manger ensuite »* – une combinaison bien utile de sport et de gastronomie. De fait, ces métaphores ont joui d’une si large popularité que pendant la période thermidorienne, les anciens terroristes furent globalement étiquetés comme « cannibales »*, « anthropophages »*, « buveurs de sang »* (ils sont souvent crédités d’avoir affirmé pendant leur bref passage au pouvoir, « qu’ils aimeraient boire dans les crânes des aristocrates »*), « tigres d’Afrique »*, « hyènes »*, etc… – tout un bestiaire antirévolutionnaire presque aussi formel que les titres professionnels en italien : terroriste = cannibale ; cordonnier = tigre d’Afrique. Mais même leurs opposants les plus amers parmi la jeunesse dorée* et les écrivaillons thermidoriens n’ont jamais suggéré qu’il y avait autre chose que l’exagération verbale naturelle inhérente aux langages révolutionnaires et contre-révolutionnaires ; il était généralement admis que les anciens terroristes savaient que ce n’était pas bien de manger les gens. Nos auteurs n’entendent rien de tout cela ; ces expressions, tout comme la guillotine si souvent évoquée, représentent à leurs yeux « le recours magique d’un peuple qui a souffert une faim séculaire »*, cela est donc tout à fait lié à la tradition française des crises de subsistance* . Les auteurs sont singulièrement férus d’origines lointaines, d’anciens atavismes ; l’adjectif « séculaire »* revient à de nombreuses reprises.




Pour des historiens si sévères avec tant de leurs prédécesseurs ou de leurs contemporains anonymes, nos auteurs auraient pu faire montre de plus de rigueur historique. Le Camp de Jalès n’a pas été – comme ils le suggèrent – « facilement dispersé ». Couthon n’était pas un député du Cantal, il représentait le Puy-de-Dôme. Jacques Roux ne s’est pas suicidé « en plein tribunal révolutionnaire » ; comment l’aurait-il pu, puisqu’il est parvenu à se donner la mort lors de sa seconde tentative, en prison, le 10 janvier 1794, avant donc d’être jugé. Ronsin ne s’est pas nommé lui-même Général ; il dirigeait une commission au ministère de la guerre. L’armée révolutionnaire* n’est pas partie reconquérir Lyon – elle n’y serait jamais arrivée –, Lyon avait déjà été prise avant même que l’armée quitte Paris. Il n’est pas vrai non plus de dire que «Ronsin n’est pas apparu dans la Révolution avant le 10 août », il avait été élu Capitaine de la Garde Nationale en juillet 1789, alors que trois de ses exécrables pièces étaient jouées sur les scènes parisiennes en 1790, 1791 et 1792. Bien loin d’être « incapable d’empêcher la Commune de placer sous son contrôle les comités révolutionnaires* », les militants des sections ont justement réussi à le faire, avec l’aide du Comité de Sûreté Générale et, – c’est là un point important –, ils ne furent pas non plus « incapables d’empêcher le gouvernement de dissoudre les clubs de femmes » ; ils ne demandaient pas mieux et ils ont agi en ce sens. Robespierre n’a pas écrit à Danton à propos de la mort de la femme de ce dernier en février 1794, pour la bonne raison que celle-ci est morte en février 1793, date de la lettre en question, et cœur de toute la question. Puisque le livre sera probablement largement lu, cela valait la peine de faire ces quelques rappels.

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